P. 150. A propos du génocide arménien

Publié le par Jean-Emile Andreux

Le "génocide arménien" posait question à Yves Leterme, déjà ministre-président de la Région flamande et qui se voit à la tête du futur gouvernement fédéral.

 

L'histoire des génocides est inévitablement parasitée par ses propres négateurs : soit des coupables, des complices, des nationalistes racistes, des extrémistes acharnés... mais aussi des responsables politiques démontrant un sens de l'histoire dicté par des intérêts électoraux immédiats et une moralité plutôt copiée sur celle des girouettes.

 

Au nombre des spécificités du XXe se détachent ses trois génocides : Arménie, Shoah et Rwanda. On s'excuserait presque de rappeler une telle évidence. Tout en approuvant les propos de Simone Veil quand elle appelle à ne pas tenter d'établir de fausse et de vaine hiérarchie de l'horreur entre ces trois exterminations programmées, systématiques et visant à la disparition totale d'êtres humains sur base de leur naissance... Ni hiérarchie, ni mise en compétition indécente !

La France n'est pas seule à éprouver actuellement les affres d'une campagne électorale. La Belgique connaît aussi cette fièvre qui pousse les candidats politiques à venir prendre l'air sur les places des marchés. Parmi ceux qui aspirent au poste de premier ministre du Royaume, se profile Yves Leterme.

 

Or dans ses brèves du 5 mai, "Le Soir" a glissé cette information :

"Le ministre-président flamand et homme fort du CD&V Yves Leterme ne veut pas qualifier de génocide les massacres de masse commis par les Turcs sur les Arméniens en 1915. Dans une interview donnée au journal turc Zaman, Yves Leterme se retranche derrière les institutions internationales pour ne pas faire de déclarations sur le génocide arménien, écrit De Morgen. « En tant que politicien, je ne m'exprime pas sur cela tant que les institutions internationales ne se sont pas prononcées », a-t-il souligné. Il se place dans la ligne du leader néerlandais du PvdA Wouter Bos, qui n'avait pas parlé du génocide arménien mais de la « question arménienne » durant les élections. Le parti avait perdu des voix suite à ces déclarations."

 

Au moins 1.200.000 victimes entre 1915 et 1917, voilà qui ne serait pas assez lourd sur la balance pour que le plateau de la reconnaissance historique pèse plus que celui d'une simple "question" - faux fuyant ?

Qu'il soit permis de s'étonner de la méthode retenue alors par le ministre-président. Il arguait d'une absence de prises de positions officielles d'institutions internationales pour creuser la tranchée de son absention.

Il n'ignorait quand même pas que, par exemple, le Parlement Européen (où son parti catholique flamand est largement représenté) mit "comme préalable à l'adhésion à l'Union Européenne" de la Turquie, la reconnaissance du génocide des Arméniens ? C'était le 28 septembre 2005. Car dès le 18 juin 1987, ce Parlement avait officiellement marqué la position de l'Europe : aucun doute pour ce premier génocide du siècle dernier. Et le Conseil de l'Union avait à son tour pris une position sans équivoque le 24 avril 1998.

De plus, en Belgique même, le Sénat n'a-t-il pas adopté le 26 mars 2000 une résolution marquant la reconnaissance du même génocide ?

Yves Leterme n'allait pas se sentir trop longtemps seul. "De Morgen" du 5 juin, annonce en effet :

- "Le président du sp.a Johan Vande Lanotte rejoint le ministre-président flamand Yves Leterme (CD&V), qui a récemment exprimé ses doutes quant au génocide arménien. Le président socialiste considère ce massacre de masse comme "une question extrêmement sensible", et refuse également de reconnaître le génocide arménien comme tel."

"Le plus important n'est pas de savoir si ces évènements doivent être qualifiés de génocide ou de massacre de masse. Il faut surtout enquêter plus en profondeur sur ce qu'il s'est passé". Johan Vande Lanotte appelle ainsi la Turquie à autoriser une véritable enquête sur ce massacre."


Mais suite aux réactions provoquées par l'interview accordée à un journal turc, l'affaire n'en est pas restée là  - comme l'annonce l'agence Belga :

- "Interrogé mercredi au Parlement flamand, Yves Leterme a répondu que ses déclarations étaient relatives à une proposition de loi du MR au Sénat visant à pénaliser la négation du génocide arménien. Lors de la discussion au Sénat, la ministre de la Justice Laurette Onkelinx s'était opposée à la proposition, soulignant que, juridiquement, le génocide arménien n'a jamais été qualifié de la sorte par la justice internationale.

"C'était aussi le point de vue de mon parti, du sp.a et du VLD", a rappelé mercredi le ministre-président flamand. "Pour que ce soit clair: je ne mets absolument pas en doute le génocide arménien", a précisé Yves Leterme."

Après la marche-arrière d'Yves Leterme, allons-nous assister à celle du socialiste Johan Vande Lanotte ?

 

Merci à Maxime Steinberg pour les éclairages complémentaires apportés à cette page. Une conclusion (provisoire) se retrouve dans ces propos de Pierre Vidal-Naquet :

- "Dans le cas du massacre des Arméniens, l'Etat turc est négationniste" (Nouvel Observateur, 24 janvier 2005). Un négationnisme qui n'a certes pas à bénéficier de complaisances ni de louvoiements, fussent-ils politiques.

 

 

Génocide arménien : d'aucune feignent de se poser encore des questions... (DR)

 

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Nous avons reçu cet appel, que nous relayons bien volontiers :


A la demande de mon grand père Casimir CONDADO agé de 85 ans, évadé de France pendant 
la seconde guerre mondiale, je recherche des juifs survivants qui auraient transité par les 
Pyrénées Atlantiques et fuit la France par l'Espagne à cette époque ! Pouvez-vous m'aider ?

J'ai créé un blog sur mon grand père : http://www.evadedefrance.unblog.fr vous y trouverez
son histoire.



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